Bloc-note

Réunion de Rentrée de l'ACIP du 28/09/2010

           

Allocution de Michel HANNOUN
Président de l’ACIP

   

Madame la Ministre,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires

Mesdames et Messieurs

Chers Amis,

 

Il y a deux sortes de temps : le temps qui attend et le temps qui espère.

 

Et quand l’orchestre des rumeurs est bruyant, même les silences semblent pleins de paroles.

 

Merci donc, et du fond du cœur, Madame la Ministre, pour votre présence ce soir, à cette soirée de rentrée de l’ACIP, soirée que nous avons voulue conjointe avec l’Association des Cadres de l’Industrie des dispositifs médicaux dont je salue le président et les membres présents.

 

Vous présidez cette réunion pour la quatrième fois consécutive, ce qui est un record en soi, et comme vous êtes aussi Ministre des Sports, vous savez que les records sont faits pour être battus.

 

 C’est la marque des grands champions et vous en êtes.

 

Chargé d’un fardeau redoutable à ma faiblesse, il me revient d’aborder à cerveau ouvert,  devant tous nos invités que je remercie pour leur présence nombreuse et amicale, les préoccupations des cadres des Industries de Santé.

 

D’abord l’actualité immédiate.

 

La réunion de la Commission des Comptes de la Sécurité Sociale à laquelle vous venez de participer, les arbitrages liés à la présentation du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2011 nous inquiètent à juste titre.

 

D’un côté, nous avons le brouhaha des spéculations (par exemple, encore des baisses de prix, des déremboursements voire un TFR généralisé auquel nous sommes hostiles).

 

De l’autre, nous avons l’anesthésie de la calinothérapie (sur le mode : « il n’y a rien qui vous concerne de manière importante dans ce PLFSS »).

 

Les déficits demeurent importants. Mais les recettes ne sont pas au rendez-vous. C’est une réalité incontournable à laquelle le débat public ne pourra pas échapper encore longtemps.

 

Comme vous ne pratiquez pas la xyloglossie (c’est-à-dire la langue de bois) et que vous n’avez pas une conversation de mobilier d’Etat, je suis certain que vous allez éclairer nos interrogations et, je l’espère, nous rassurer.

 

Ensuite l’actualité sociale

 

Les licenciements se poursuivent dans l’indifférence quasi-générale désormais. Ce sont des hommes et des femmes qui perdent leur emploi et des savoirs-faire qui disparaissent en France et ce n’est pas fini.

 

Chez les cadres des Industries de Santé, on n’entend pas le bruit des douleurs parce que, chez nous, on pleure de l’intérieur, comme dans les grottes. Mais le mal y est aussi insupportable qu’ailleurs.

 

Attention à la facilité qui consisterait à croire que l’importation au moindre coût – coût souvent obtenu par un dumping social agressif – serait source d’économies durables et gage de notre autonomie à long terme.

 

La balance commerciale de la France est aujourd’hui positive dans le secteur de la Pharmacie et je suis de ceux qui pensent que c’est une bonne chose.

 

Mais tous, nous savons que cet excédent ne s’obtient que parce que la France produit et exporte des millions de boîtes.

 

Pourquoi ne pas créer un label France pour la production de médicaments, label qui bénéficierait de la qualité de nos équipes, protégerait des emplois et ferait rayonner l’excellence française de par le monde ?

 

Nous sommes prêts à travailler avec vous et avec les pouvoirs publics à ce projet pour lui donner force et vigueur.

 

Nous sommes bien conscients que la Recherche et l’Innovation sont essentiels pour l’avenir.

 

Mais ne laissons pas se déliter notre tissu industriel de production.

 

D’abord parce qu’il a le mérite d’exister.

 

Ensuite parce qu’il est important et sérieux.

 

Et enfin parce qu’il participe aussi au développement de l’industrie du médicament.

 

L’exemple des dispositifs médicaux, de la radiologie pour n’en retenir qu’un, est là pour nous rappeler que les réalités sont impatientes.

 

Chacun garde en mémoire comment la France, en se séparant de la Compagnie Générale de Radiologie (la CGR) pour des raisons bonnes à court terme a abandonné sa position de leader industriel dans ce domaine.

 

Les idées même vraies deviennent fausses dès lors que l ‘on s’en contente.

 

Et avec Bergson, je pense que l’étonnement n’est qu’un souvenir du présent.

  

L’an dernier, Madame la Ministre, lors de cette même soirée, je vous taquinais sur un air de Bizet, à propos du CSIS dont la réunion, telle l’Arlésienne, était toujours annoncée et toujours décalée.

 

Cette année, c’est sur un air de Wagner dans la Walkyrie que je veux vous remercier.

 

Non seulement cette réunion s’est tenue, qui plus est, en présence du Président de la République,

 

Mais encore, elle a mis sur les rails plusieurs groupes de travail.

 

Cette réunion a été l’occasion de réaffirmer à la fois l’enjeu stratégique national que représentent les Industries de Santé mais encore l’intérêt de la politique contractuelle.

 

Vous avez toujours été, vous êtes un défenseur inlassable et une avocate déterminée de l’Accord cadre entre l’Etat et l’Industrie Pharmaceutique et de son prolongement à travers la politique conventionnelle.

 

Nous comptons sur vous pour que le prochain avenant soit discuté dans le même esprit, avec le souci de ne pas casser ce qui existe et de ne pas transformer le nécessaire respect des comptes de l’Assurance Maladie en règlement de comptes dont l’Industrie Pharmaceutique serait une cible d’autant plus facile qu’elle est exposée et fragile.

 

A vos côtés, l’architecte de cette politique contractuelle,

hiératique autant qu’énigmatique,

respecté autant que craint,

a su, loin des autoroutes tapageuses de la renommée, bâtir, année après année, un vrai ouvrage.

 

Certes, il y a eu et il y a des incompréhensions.

 

Certes, il y a eu et il y a des malentendus.

 

Mais derrière le personnage gai et grave, fragile et solide,

il y a un homme, grand confectionneur d’animaux en papiers,

qui a su, avec rigueur et parfois un peu de rigidité,

avec humanité et toujours avec dignité,

être un véritable serviteur de l’Etat.

 

Il est vrai qu’il est parfois plus facile de faire son devoir que de le connaître.

 Comme vous le sentez, Madame la Ministre, les cadres des Industries de Santé sont partagés :

il rêvent et ils ont peur.

 

C’est parce qu’ils imaginent simultanément tous les pas qu’ils doivent faire qu’ils se découragent, alors qu’il s’agit peut-être simplement de les aider à les aligner un à un.

 

Ils rêvent d’être des veilleurs d’espérance.

 

Ils ont peur de n’être que des guetteurs d’orages.

 

Il n’y a rien de plus fatiguant que l’exaspération ou la fatalité.

 

La fatalité use nos nerfs par un débouché d’enchaînements inéluctables qui peut aller jusqu’au repli sur soi.

 

Vous le savez bien, Madame la Ministre, en France, tout se passe comme si la bonne réforme, c’était la précédente.

 

Comment avons-nous fait pour si peu changer depuis que Jules César nous décrivait dans la Guerre des Gaules comme « profondément divisés, au niveau des grands régions, des cités, des cantons et même des familles ? Ils sont instables entre eux par ces divisions mêmes et dans leurs engagements : légers, versatiles, impulsifs, ils aiment le changement ; enthousiastes pour prendre les armes, toujours prêts à partir en guerre, ils sont non moins prompts au découragement et, pour supporter les revers, manquent de fermeté et de ressort ».

 

Madame la Ministre, Mesdames Messieurs, qui n’a pas rêvé d’un monde qui, au lieu de commencer avec la parole , débuterait avec les intentions.

 

C’est que, peut-être, parce que, comme nous le rappelle René Char, « l’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer ».

 

Dr Michel HANNOUN


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